L'interview de Christophe Bastie
 > Par Julie Steyer

Christophe Bastie, révélation pour beaucoup de la saison 2003 en longue distance. Et pourtant l'athlète de l'ASM ST ETIENNE possède l'un des palmarès français le plus complet sur distance ironman notamment. Ainsi, il a participé à 9 ironmans à travers le monde et 6 fois à l'embrunman.

Né le : 15/04/69 (comme Gilles Reboul )
Lieu de résidence : St Chamond (Loire)
Marié à Barbara
2 enfants :Clément 3 ans et Eloïse 4 mois
Club : ASM St Etienne Tri 42

6 participations à EMBRUN : 92, 93,94, 95 et 2000 ( 7ème )
Championnats de France : 2e en 2003, 3e en 1995, 8 fois dans les 7 premiers depuis 1993.
4 participations à l'ironman de ZURICH 97 (8ème ), 2000 (9ème), 2001 et 2002 (7ème)
3 participations à l'ironman d'Hawaï 97, 98 et 2002.
1 participations à l'ironman d'Australie 98 (12ème), à l'ironman d'Allemagne 2002 (4ème), à l'ironman d'Autriche 2003 ( 6e ) et à l'ironman de Floride 2003 ( 5e ) et à l'Iron Man de Nouvelle Zélande 97 ( abandon...).

2003 : 2e au championnat de France LD, 6e à l'ironman d'Autriche, 5e à l'ironman de Floride 2003, 4e à Nice, victoire à la Réunion (Triathlon du Colosse) Vouglans et Roanne, 2e à Bourg en Bresse et Rumilly.

TT : Peut-on revenir un peu sur ta bonne saison 2003. Quelles sont tes principales satisfactions ?

C.BASTIE : Ma principale satisfaction est d'avoir été épargné par les blessures et les ennuis de santé sérieux pendant toute la saison, la seconde est d'avoir rencontré des gens très bien sur de nouvelles épreuves comme le triathlon du Colosse ou en Floride, en Autriche et sur beaucoup d'autres épreuves. Ensuite, en terme de performance, je suis satisfait de sentir que je continue à progresser et en plus la réussite à fait que cela s'est traduit par de bons résultats...2003 a été très bien !

TT : Avec de si bons résultats de nombreux athlètes attendent ta sélection en équipe de France.

C.BASTIE : J'ai déjà porté 4 fois le maillot de l'équipe de France ! En triathlon aux championnats du Monde en 95 et 3 fois en duathlon aux championnats du Monde LD à Zofingen. Comme je l'ai dis précédemment, j'ai essayé de faire tout mon possible ces dernières années pour réintégrer cette équipe, mais la tache des sélectionneurs est difficile car il y a beaucoup d'athlète de bon niveau en France. Et puis, je pense qu'un peu comme Christophe Buquet ou Cédric Fleureton en courte distance, je suis pénalisé par le fait d'être un ''électron libre ''. C'est à dire que nous n'appartenons à aucun pôle, nous n'avons pas de contrat de haut niveau initié par la fédération à la SCNF, la Police ou l'armée et nous n'avons pas d'entraîneur appartenant à la fédération. Il faut donc que nous soyons vraiment très forts pour attirer l'attention. De plus, je suis moyen en natation et à la FFTri, depuis toujours, on privilégie souvent les bons nageurs, même s'ils ne sont pas forcément devant à la fin de la course....

TT : La saison 2004 doit être celle de la confirmation avec nous l'espérons une entrée au sein de l'équipe de France, quel sera ton programme 2004 ?

C.BASTIE : Au moment de répondre à cette interview, je ne connais pas encore les 5 sélectionnés pour les championnats du Monde 2004. Seul Xavier Lefloch et Patrick Vernay ont rempli les critères. Depuis plusieurs années, je fais tous les efforts pour essayer de réintégrer cette équipe de France. En 2002 aux championnats de France, course qui devait servir de base à la sélection pour les championnats du Monde de Nice, je fais 5e. 7 athlètes ont été retenus et je ne faisais pas parti du lot. Pour Ibiza en mai 2003, malgré encore une 4e place sur l'Iron Man de Francfort, je n'ai toujours pas eu la confiance de la fédération. En 2003, j'ai obéis aux souhaits de la Direction Technique Nationale en me concentrant sur Nice et les championnats de France qui étaient les courses devant servir de support à la sélection 2004 et cela au détriment d'autres épreuves qui me tenaient à cœur. J'espère que mes 2e et 4e places suffiront cette fois... Ce qui est certain, c'est que je ne courrais pas pour une éventuelle dernière place qualificative aux championnats de France de Lorient. J'irais en Bretagne pour obtenir le meilleur résultat possible, car j'ai énormément de respect pour les championnats de France auxquels je participe chaque année depuis 10 ans, mais mon calendrier estival sera établi avant.

TT : Et tes principaux objectifs ?

C.BASTIE : Comme depuis 3 ans, avec l'organisation des épreuves en début de saison, je commencerai ma saison assez tard. Le premier objectif sera donc les championnats de France à Lorient. Ensuite, je pense faire 1 ou 2 épreuves longue distance entre fin juin et fin juillet. Et ensuite Hawaii sera l'objectif de fin de saison. Mais je ne fais pas trop de plan, car par le passé, j'ai souvent été obligé de tout modifier par la faute d'imprévus.

TT : Hawaï ne t'a jamais réussi, cette année à la même période tu as participé à l'ironman de Floride ou tu décroches une très belle 5ème place. A quoi attribues-tu tes prestations moyennes à big island ?

C.BASTIE : J'avais comme objectif en cette fin d'année 2003 de comprendre le pourquoi de mes mésaventures dans le pacifique. Et plutôt que de retourner à Kona, sans avoir l'impression d'avoir modifier quelque chose dans ma préparation, j'ai préféré me concentrer sur 2 épreuves qui présentaient des conditions similaires à ce que l'on trouve sur Big Island, à savoir l'iron man de Floride et le triathlon du colosse à la Réunion. A travers ces 2 expériences, je pense avoir trouvé le pourquoi de mes contre-performances. Comme je l'explique longuement dans un article paru dans les ''news'' d'ironloire.com, je pense avoir été à chaque fois sur hydraté et victime du syndrome appelé par les scientifiques ''hyponatrémie". Mon hypothèse a été confirmée par le chercheur Jean Marc Lavoie lors d'un colloque sur St Etienne qui a mis en avant des résultats montrant que 30% des finisher à Hawaii en sont victimes !

TT : Retourneras-tu un jour à Kona ou préfères-tu à présent participer à d'autres ironman WTC ?

C.BASTIE : J'ai mon billet pour 2004.... Hawaii sera donc le gros objectifs de fin de saison. Je ne dis pas que je vais tout casser ! J'aimerai simplement avant de raccrocher, faire une place correcte sur cette épreuve mythique. Et c'est pour cela que j'y retourne, car je n'apprécie pas énormément cette course avec sa natation dans l'Océan sans combinaison, la grande densité sur le parcours vélo, le vent, l'humidité et surtout le voyage interminable... Mais c'est cette course qui fait l'histoire de notre sport...

TT : Comment te caractérises-tu sportivement, quels sont selon toi tes points forts et éventuelles faiblesses aussi bien physiquement que psychologiquement ?

C.BASTIE : J'ai une assez grande confiance en mes capacités physiques et cela peut à mon avis être à la fois considéré comme un point fort ou une faiblesse suivant les circonstances. Sinon, je pense que ma principale qualité physique est ma faculté de récupération. J'arrive également à rester très concentrer et calme dans beaucoup de circonstances. Pour ce qui est des faiblesses, je manque cruellement de relâchement et donc de souplesse. J'ai aussi du mal à être patient en course, ce qui me pousse à prendre parfois trop de risques dans la gestion de l'effort. J'en ai sans doute beaucoup d'autre, mais je les ignore consciemment ou inconsciemment pour garder la confiance !

TT : L'ITU a lancé en 2003 un circuit coupe du monde longue distance. Que penses-tu de cette initiative ?

C.BASTIE : C'est moyen ! On a vu le résultat en 2003.... C'est encore un élément de discorde en plus entre l'ITU et la WTC. Je trouve vraiment désolant que ces 2 structures n'arrivent pas à s'entendre, cela est très préjudiciable pour la longue distance. Sans vouloir dénigrer les performances de personne aux championnats du Monde ITU, je pense qu'il faut relativiser les résultats obtenus sur ces championnats. Depuis bientôt dix ans, au départ des ''Monde ITU '', il manque une grande partie de l'élite du ''long''. Et en 2004, cela risque d'être encore pire ! Mettre les championnats du Monde le même jour que Roth et que l'Iron Man d'Autriche, avec Gérardmer une semaine avant et Francfort une semaine après ! Francfort est déjà complet et le plateau est énorme ! Et je ne pense pas que tout ce beau monde se préparera une semaine en courrant à Säter une semaine avant !.... C'est vraiment triste, et comme toujours, sauf pour la France et peut être le Danemark et l'Espagne, le titre de champion du Monde 2004 ITU n'aura pas une grosse valeur...sportive ! Qui se rappelle le nom du vainqueur en 2003 ?

Mais en France, pour les nombreuses collectivités qui aident les sportifs de haut-niveau ce sont ces compétitions reconnues par les instances fédérales qui comptent et nous sommes donc quasiment obligé de jouer le jeu si nous voulons être soutenus et continuer à pratiquer notre sport dans de pas trop mauvaises conditions. En 2003, j'aurais pu disputer les championnats d'Europe avec un bel espoir de médaille, cela m'aurait apporté sans doute beaucoup de soutien dans ma région. Médaillé aux championnat d'Europe, cela représente beaucoup dans la plupart des disciplines ! Mais en triathlon, à la vue du plateau présent ramener une médaille de cette compétition m'aurait mis très mal à l'aise... J'aurais eu l'impression de mentir à beaucoup de personnes sur mon niveau réel !

TT : Tu as vécu l'évolution du triathlon de ces 8 dernières années, quels ont été pour toi les grands changements et les caractères négatifs ou positifs de ces derniers ?

C.BASTIE : Les grands changements sont l'autorisation du drafting en courte distance, l'apparition du triathlon aux JO et l'importance de plus en plus grande prise par la WTC. Pour ce qui est du drafting, je ne suis pas forcément contre cette règle, car il était devenu impossible de faire rouler tout le monde en contre la montre. Simplement, les parcours vélo devraient être moins monotones, plus accidentés. Mais Il semble qu'il y ai un peu de changement à ce niveau là ces derniers temps et c'est très bien ! Par contre, je pense qu'il aurait été intéressant de créer également des épreuves de haut-niveau disputées en contre la montre avec des départs échelonnés. Mais cela peut être difficile à gérer et à suivre pour le public...

Pour l'importance prise par la WTC, cela est peut être dommage, mais aujourd'hui une épreuve longue distance pour exister au niveau international doit presque obligatoirement être sous le couvert de la WTC. Seul Roth essaye de résister, mais pour combien de temps ? Nice et Embrun n'ont malheureusement pas suivi le mouvement. D'un côté, cela leur a permis un certain temps de garder un prix d'inscription relativement abordable. Mais petit à petit les prix se rapprochent de ceux pratiquer sur Iron Man et les triathlètes étrangers sont de moins en moins présent au départ. Peut être aurait-il fallu essayer à un moment de négocier avec la WTC, peut - être cela est - il encore possible ? Mais cela est facile à dire et sans doute beaucoup plus difficile à réaliser ! Enfin, quand j'entends que la WTC a contacté Monaco en vue de l'organisation d'un Iron Man en 2005, je me dis quand même, que cela est désolant alors qu'il existe une si belle épreuve à quelques kilomètres, qui mérite tellement plus que ce qu'elle est devenue en 2003 avec tout juste 1 000 triathlètes au départ et 8 français dans les 10 premiers !

TT : Dans quelques mois aura lieu les deuxièmes Jeux Olympiques pour notre discipline. Penses-tu que l'avènement olympique peut faire évoluer positivement le triathlon ?

C.BASTIE : Cela me paraît évident ! Les JO sont une telle vitrine. Et puis, je trouve très bien que le triathlon compte aujourd'hui deux types de pratique de plus en plus dissociées, à savoir le court et le long. L'athlétisme, la natation comptent énormément de pratiques différentes, alors 2 pour le triathlon c'est un minimum ! Et puis les 2 peuvent et doivent cohabiter. Le longue distance n'a pas besoin d'être aux JO pour exister, avec Hawaii, il possède son épreuve de référence, un peu comme le Tour de France pour le cyclisme ou les tournois du grand Chelem en Tennis.

TT : Parmi tous les athlètes nationaux et internationaux, as-tu des exemples ou des triathlètes qui t'impressionnent particulièrement ?

C.BASTIE : J'apprécie surtout les athlètes honnêtes qui donnent une bonne image de leur sport et cela quel que soit leur niveau. Les athlètes qui m'impressionnent sont ceux qui ont la volonté de résister à la tentation du dopage !

TT : La hiérarchie mondiale est difficile a établir en longue distance. Tu as disputé de nombreuses épreuves aussi bien de l'ITU que de la WTC, est-il possible de déterminer qui est aujourd'hui le meilleur athlète mondial ?

C.BASTIE : Peter Reid peut être considéré comme le plus fort car il a gagné l'épreuve référence. Mais les formats de course de la WTC ont tendance à privilégier un certain type d'athlète qui se doit d'être très puissant en vélo pour gérer des parcours cyclistes très roulants. Si Embrun ou Nice avait pu intégrer le circuit, cela aurait permis à certains athlètes de venir se confronter sur un terrain qu'ils ne maîtrisent pas forcément, et à d'autres d'exprimer leur qualité naturelle de grimpeur et d'être reconnu dans le monde entier. Qui aux Etats-Unis, en Australie ou en Nouvelle Zélande sait que les meilleurs grimpeurs sont français avec Neveu, Faure, Chabaud ? On vivait ce type de confrontation sur la promenade des Anglais avec les duels Allen - Cordier au début des années 90. Le grand Mark était vraiment le plus fort, car il s'imposait sur tous les terrains ! Aujourd'hui on peut dire que les Reid, De Boom, Stadler, Leder, Mc Cormack, Hellriegel... sont les plus forts sur les épreuves ''roulantes''. Mais cela serait tellement beau de trouver un moyen de les attirer sur un terrain plus montagneux et de vivre l'engouement qu'engendrerait leur confrontation à Nice ou Embrun avec Neveu, Chabaud,....

Il serait peut être intéressant d'établir un classement mondial à travers différentes épreuves. Celui ci devrait prendre en considération les résultats sur au minimum 2 saisons, et sur un nombre déterminé maximum d'épreuves de façon à ne pas encourager la quantité, mais la qualité au contraire de ce qui se fait sur la coupe du Monde courte distance. Des points seraient donnés suivant l'importance accordée aux épreuves. Mais pour cela, il faudrait encore et toujours que l'ITU et la WTC s'entendent.... En attendant le public choisi librement ses favoris et cela n'est peut être pas plus mal...

TT : Tu es un des rares athlètes à être père de famille, athlète et organisateur. Comment t'organises-tu ? Quelle est ton activité professionnelle ?

C.BASTIE : J'ai un contrat ( emploi - jeune...) depuis 2000 pour m'occuper du centre d'entraînement de ST Etienne qui comptent 7 jeunes en 2004. J'essaye également avec Grayou, Chié-Chié et quelques très bons copains de promouvoir le triathlon dans la Loire à travers l'organisation des épreuves. Je tente de gagner du temps en remplaçant beaucoup des déplacements en voiture par des entraînements. Je vais souvent à la piscine ou au stade en courant ou en vélo. Mais j'ai surtout la chance d'être marié à Barbara qui me permet de m'investir pleinement dans ma passion.

Merci Christophe, en attendant d'avoir le plaisir de te retrouver sur les épreuves en 2004 nous te souhaitons bonne chance.